Campagne Gucci Hallucination Printemps – Été 2018

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Une collaboration artistique qui redonne vie à Botticelli…

On connait l’affection de la maison Gucci pour l’Art pictural avec les époustouflantes fresques murales qui enchantent les murs du Gucci Artlab à Florence, bâtiment gigantesque dans lequel sont pensées, créées et développées les pièces de prêt-à-porter et de maroquinerie de luxe. Alessandro Michele, le directeur de création de la marque, a de nouveau fait appel à l’un des artistes ayant participé à la réalisation de ces fresques : il a donné carte blanche à l’illustrateur espagnol Ignasi Monreal afin de créer la campagne pour présenter la collection Printemps – Été 2018, une collection au style exubérant et décalé, aux couleurs vives et aux nuances mystiques. Cette collaboration a donné naissance à Hallucination, une campagne à l’univers surréaliste et onirique, à l’image de la collection, dont les visuels s’inspirent d’œuvres de grands peintres tels que Millais, Bosch, Jan Van Eyck et Botticelli en gardant cette texture de pigments si hypnotique.

Les troies grâces revisité par Ignasi Monreal

La campagne Gucci Hallucination comporte également cette illustration inspirée d’un élément du tableau Le Printemps (1478 – 1482) du grand maître de la Renaissance Sandro Botticelli : les Trois Grâces. Ces déesses de la mythologie grecque sont les allégories du charme, de la beauté et de la créativité. L’œuvre originale de Botticelli est représentative de l’Art de la Renaissance avec le traitement de sujets profanes qui s’ajoutent aux sujets sacrés. C’est un Art qui est encore une fois extrêmement précis dans les détails avec un fond d’orangers très sombre, mais qui permet d’identifier de multiples espèces de plantes, sur lequel sont illuminées les figures allégoriques de l’époque vêtues d’un voile somptueux laissant deviner leur formes voluptueuses et coiffées de façon très élaborée. Il n’est donc pas anodin que l’illustrateur Espagnol ait choisi de s’inspirer de ce chef d’œuvre pour servir la maison florentine.

Les Trois Grâces d’Ignasi Monreal incarnent parfaitement le charme, la beauté et la créativité de la collection d’Alessandro Michele. L’Art de
Botticelli mixe l’authenticité à l’exubérance en respectant les canons de beauté de la Renaissance tout en dévoilant le corps de la femme nue, exercice artistique qui était révolutionnaire pour l’époque, à l’image des looks décalés du créateur italien. Les Trois Grâces au style néo-street éclatant trônent sur le monde avec des attitudes affirmées et déterminées. Leur posture montre une cohésion, une union dans la diversité. Elles sont prêtes à défendre leurs valeurs tout comme le fait Alessandro Michele avec cette collection qui veut « résister à l’illusion de quelque chose de nouveau à tout prix » a-t-il déclaré en communiqué de presse.

Ophélie au collier revisitée par Ignasi Monreal

Nul ne peut ignorer ici la référence au chef d’œuvre Ophélie (1852), du peintre préraphaélite et illustrateur anglais John Everett Millais, qui représente le personnage de la tragédie Hamlet (1603), de William Shakespeare, chantant avant sa noyade. Le tableau original est une huile sur toile représentative du style préraphaélite avec un thème à la fois inspiré de la littérature anglaise et traitant un sujet de société actuel à l’époque en Grande Bretagne : les femmes noyées. La peinture préraphaélite se veut plus proche de la nature, l’arrière-plan de l’œuvre a été réalisé par le peintre en extérieur d’après la campagne anglaise. Bien qu’ils soient de formation académique, John Everett Millais et ses confrères préraphaélites William Holman Hunt et Dante Gabriel Rossetti rejettent les conventions enseignées en école d’Art qu’ils trouvent trop figées dans une recherche de perfection tant sur la forme que sur l’expression. On y retrouve une abondance de détails omniprésents sur la toile aux couleurs vives, lumineuses et contrastées. L’Artiste axe tout son travail sur la composition générale au détriment des règles de représentation académiques.

Ophélie au collier Dougle G, Ignasi Monreal, illustration pour Gucci, 2018

 

Ophélie, John Everett Millais (1852)

Cette démarche avant-gardiste et contestataire s’accorde parfaitement au style surréaliste et décalé de la collection kaléidoscopique d’Alessandro Michele. L’illustrateur Ignasi Monreal a choisi Ophélie comme modèle pour présenter une robe en sequins aux multiples nuances dorées accessoirisée avec le collier Double G aux cristaux scintillants de toutes les couleurs des pierres précieuses. Ce look à la lumière presque divine illumine la scène plutôt assombrie par cette nature foisonnante. C’est ce contraste qui permet de mettre en valeur les créations Gucci et qui leur donne ce caractère mystique et onirique. Le choix de l’Artiste espagnol a donc été un parti pris payant puisqu’il a réussi à sublimer une scène tragique pour y créer du merveilleux au service des pièces d’Alessandro Michele.

Le Jardin des Looks revisité par Ignasi Monreal

Pour créer cette deuxième illustration, Ignasi Monreal a puisé son inspiration dans 2 œuvres d’Art signées par 2 peintres primitifs flamands : Le Jardin des Délices (1494 – 1505), de Jérôme Bosch, est combiné avec Les Époux Arnolfini (1434), de Jan Van Eyck. Le premier tableau est en réalité un triptyque peint sur bois aux thèmes bibliques identifiables : le panneau de gauche représente le Paradis, la Création d’Ève et sa présentation à Adam ; le panneau central représente le monde avant le Déluge ; et enfin le panneau de droite, beaucoup plus sombre, représente l’Enfer. Cette œuvre aux couleurs acides et saturées comporte une multitude de personnages à l’apparence humaine accompagnées de créatures fantastiques qui plongent le spectateur dans un univers complètement surréaliste. Le second tableau est une scène d’intérieur avec un double portrait qui aurait, selon la théorie la plus probable, servi de document juridique attestant du mariage secret entre Giovanni Arnolfini et sa femme Giovanna Cenami, figures représentées sur le tableau. On y retrouve également beaucoup de détails dans les décors, les visages des personnages et leurs vêtements qui sont traités de façon très réaliste.

La création de l’illustrateur espagnol pour Gucci représente l’alliance entre le surréalisme et le réalisme des 2 œuvres qui l’ont inspiré. Il y présente des pièces qui pourraient paraître classiques pour leurs coupes mais auxquelles sont ajoutés des couleurs, des motifs et des détails tous plus extravagants et colorés les uns que les autres. Ces pièces oniriques sont d’autant plus mises en valeur par leur disposition dans l’illustration. On retrouve les looks aux tons plus clairs sur un arrière-plan coloré et les looks plus vifs et pétillants sur un arrière-plan plus sombre. Le couple placé au premier plan en référence au mariage des Époux Arnolfini pourrait symboliser une alliance entre le Paradis et l’Enfer du Jardin des Délices, une alliance entre les valeurs historiques de Gucci et le refus de se conformer au rythme des tendances de la part de son directeur de création actuel, Alessandro Michele.

Pour ce projet de campagne, Ignasi Monreal a travaillé sans relâche, durant plusieurs mois et à la fin il avait « littéralement des hallucinations Gucci » a-t-il révélé en interview. Un dernier projet a vu le jour entre le peintre espagnol et la maison de couture italienne : une collection capsule en édition limitée à 200 t-shirts et 100 sweats imprimés des illustrations de l’Artiste pour la campagne. L’union entre la mode et l’Art est à présent totale et est à la hauteur du prestige de Gucci et de sa clientèle avec un concept de qualité supérieure et innovant.

Gucci Hallucination s’adresse à une nouvelle génération inondée d’images et lui permet de prendre conscience de l’importance des œuvres d’Art qui ont marqué l’Histoire et qui ont suivi l’évolution de la société. À travers cette campagne, Gucci confirme sa place dans la culture pop et s’implante dans la mémoire visuelle de la société. En cela, Gucci devient une œuvre d’Art.